Monsieur le Président,
Distingués membres du Conseil,
Excellences,
Alors que nous entamons une nouvelle année, les attentes sont fortes quant à des progrès tangibles sur les plans politique et sécuritaire en Haïti afin de mettre un terme à la transition. Pour y parvenir, les responsabilités politiques doivent être assumées, les efforts de sécurité maintenus, et l’engagement international doit rester ciblé et cohérent.
Haïti est entrée dans une phase critique de son processus de restauration des institutions démocratiques. Les arrangements de la transition actuelle prendront fin le 7 février.
Il est impératif que les acteurs nationaux s’efforcent de contenir la fragmentation politique, de mettre de côté leurs divergences, de préserver la continuité des institutions et de se concentrer sur l’organisation des élections. Soyons clairs : le pays n’a plus de temps à gaspiller dans les luttes intestines prolongées. La situation exige que les autorités, les institutions étatiques, les partis politiques, la société civile, le secteur privé et les leaders religieux et communautaires priorisent l’intérêt national et agissent avec responsabilité et retenue.
Une convergence autour de dispositifs de gouvernance efficaces au-delà du 7 février reste essentielle pour faire progresser et mener à bien la transition, renforcer la reddition de comptes et accélérer les préparatifs électoraux.
À ce moment critique, j’ai continué à exercer les bons offices du Secrétaire général pour soutenir les efforts dirigés par les Haïtiens afin d’apaiser les tensions politiques. L’engagement avec les acteurs politiques, la société civile, les groupes de femmes et de jeunes, ainsi que les homologues institutionnels, s’est concentré sur la promotion d’échanges inclusifs concernant la sécurité, les priorités électorales, les défis de gouvernance et les questions d’impunité. Le BINUH continuera de faciliter les consultations inter-haïtiennes et d’encourager les acteurs à s’engager de manière constructive afin de créer les conditions nécessaires à la fin de la transition et au rétablissement des institutions démocratiques.
Monsieur le Président,
Les mesures prises ces derniers mois pour faire avancer les préparatifs électoraux sont particulièrement encourageantes. L’adoption d’un décret électoral le 1er décembre et la publication d’un calendrier électoral le 23 décembre fournissent un cadre opérationnel pour progresser après des années de retard.
Les nouvelles dispositions légales sur l’inscription des électeurs, la participation de la diaspora, l’inclusion politique des femmes et la décentralisation du dépouillement, si elles sont appliquées efficacement, peuvent contribuer à des élections crédibles et inclusives. En particulier, l’introduction de nouvelles exigences concernant la représentation des femmes sur les listes de candidats, accompagnée d’incitations financières, constitue une étape importante pour lever les obstacles persistants à l’inclusion politique.
Le Premier ministre a déclaré l’année 2026 année électorale. Atteindre cet objectif nécessitera une coordination soutenue entre les institutions concernées, un financement prévisible du processus électoral et des conditions de sécurité permettant à tous les électeurs et candidats de participer sans crainte.
À cet égard, les Nations Unies restent engagées à soutenir le Conseil électoral provisoire afin de garantir que les préparatifs progressent de manière techniquement solide, inclusive et crédible. Je suis prêt à continuer de diriger et de renforcer l’engagement des Nations Unies à cet égard et à coordonner l’assistance internationale aux efforts nationaux pour la tenue des élections.
Distingués membres du Conseil,
Les gangs continuent de démontrer leur capacité à mener des attaques coordonnées, à contrôler des corridors économiques et des régions agricoles clés, à provoquer des déplacements, à mettre à l’épreuve la capacité de réponse humanitaire et à pousser les forces de police à leurs limites. Les homicides volontaires ont augmenté de près de 20 % en 2025 par rapport aux 7 574 en 2024.
Dans le même temps, la pression continue sur les gangs a donné des résultats. Les forces de sécurité nationales ont intensifié les opérations pour reprendre le contrôle du territoire et perturber l’activité des gangs. Dans certaines parties de Port-au-Prince ainsi que dans le département de l’Artibonite, les opérations de police, soutenues par la Force de répression des gangs, ont permis la réouverture de certains axes routiers.
Au cœur de la capitale, Port-au-Prince, des améliorations limitées sont visibles. La présence de l’État autour du Champ de Mars, où se trouvent le Palais national et plusieurs ministères clés, est progressivement rétablie.
Le défi actuel consiste à étendre et à maintenir ces gains en matière de sécurité tout en créant les conditions pour la fourniture de services de base aux communautés. Sans cela, les progrès en matière de sécurité risquent d’être annulés.
Distingués membres du Conseil,
La transition de la Mission de soutien multinationale de sécurité vers la Force de répression des gangs, ainsi que la création du Bureau de soutien des Nations Unies en Haïti (UNSOH), conformément à la résolution 2793, représente une étape critique pour renforcer le soutien international à Haïti.
Je me félicite des progrès accomplis pour la mise en place de l’UNSOH avec l’appui des autorités haïtiennes et dominicaines, comme l’a indiqué le Sous-Secrétaire général Khare la semaine dernière. Je salue également la nomination de M. Jack Christofides comme Représentant spécial pour la Force de répression des gangs dirigée par les États membres et je me réjouis de collaborer étroitement avec lui afin d’assurer coordination et complémentarité dans notre soutien conjoint aux institutions haïtiennes.
Reconnaissant l’élan positif créé par la Conférence de génération de forces en décembre dernier, je souhaite profiter de cette occasion pour rappeler l’urgence pour les États membres de continuer à fournir à la Force de répression des gangs les ressources nécessaires à l’exécution de son mandat, y compris par des contributions volontaires au Trust Fund géré par l’ONU.
Dans le même temps, les objectifs immédiats en matière de sécurité doivent être équilibrés avec le renforcement à plus long terme vers l’autonomie des institutions nationales de sécurité. Les indicateurs annexés au rapport du Secrétaire général fournissent un cadre pour le progrès, la reddition de comptes et la durabilité à cet égard.
Monsieur le Président,
La stabilité durable nécessitera des efforts renouvelés pour concevoir et mettre en œuvre des voies crédibles de désengagement de la violence et de réintégration dans la société, en particulier pour les jeunes et les enfants. Les gangs continuent de recruter et d’exploiter les enfants en manipulant les griefs et la souffrance quotidienne des citoyens ordinaires des quartiers marginalisés.
Dans cette perspective, le rétablissement d’une autorité nationale sur le Désarmement, le Démantèlement et la Réintégration (DDR) demeure une priorité. Une approche nationale pour le DDR est essentielle afin de compléter les mesures d’application dirigées par les forces de sécurité nationales avec la Force de répression des gangs. Le BINUH, en collaboration avec les agences, fonds et programmes des Nations Unies, continuera de soutenir les autorités nationales dans la conception et la mise en œuvre de sorties sûres, de programmes DDR et CVR, en donnant la priorité aux enfants.
Monsieur le Président,
La situation humanitaire demeure une source de grande préoccupation.
Environ 6,4 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire en Haïti, plaçant le pays parmi les plus grandes crises humanitaires de la région. La réponse humanitaire reste sous-financée. L’an dernier, Haïti figurait parmi les appels humanitaires mondiaux les moins financés. En 2026, 880 millions de dollars sont nécessaires pour aider 4,2 millions de personnes parmi les plus vulnérables.
Monsieur le Président,
La période à venir est cruciale pour Haïti. La gestion du calendrier politique, le soutien aux efforts de stabilisation encore fragiles et la prise en compte des besoins humanitaires persistants détermineront directement la capacité du pays à progresser vers des élections crédibles et un retour progressif à un fonctionnement institutionnel normal.
Les développements observés montrent que le progrès est possible, mais qu’il reste réversible. Un tel progrès exige un engagement national continu, un soutien international inébranlable et une coordination étroite entre les composantes sécurité, politique, humanitaire et stabilisation. Toute rupture de cette cohérence constituerait un véritable risque de recul.
En ce moment particulier, le soutien ferme et opportun du Conseil de sécurité est plus que jamais essentiel.
Je vous remercie.


