
Photo : Vicky Delore Ndjeuga UN/MINUSTAH |
Les habitants de La Croix Saint Joseph sont tout aussi fiers des lampadaires solaires blancs qui attirent l’attention du visiteur. Disposés d’un bout à l’autre de la route principale, une dizaine de lampadaires s’allument à la nuit tombée.
Au retour des plantations, une chaude conversation éclate entre des agriculteurs regroupés au pied d’un des lampadaires. Le vieux Amos Gédéon, coupe-coupe à la main, est en colère. Il est soutenu par son frère, tout aussi âgé, et d’autres personnes. Le sujet de la discussion est d’importance : le panneau solaire du lampadaire du petit marché du village a disparu.
« Je ne comprends pas cet acte ! Nous n’avions pas de lumière avant, nous souffrions. Aujourd’hui, on nous l’a donnée. Cela permet aux enfants d’étudier et d’améliorer la sécurité. Cela permet de faire le petit commerce, même durant la nuit. Qui peut bien avoir intérêt à nous priver de ce bien précieux ? », s’interroge Gédéon, soutenu par la foule.
« Moi, je suis commerçante, je sors de chez moi à quatre heures du matin pour mon petit commerce. Sans éclairage et sans police, les bandits sont sans pitié dans la zone du marché. Ils agressent, violent et parfois tuent. Le vol de ce panneau solaire me contraint à suspendre mes activités », soutient Aliette St Aude, tout aussi furieuse.
Malgré la colère, ils espèrent que les voleurs seront retrouvés et se promettent, mutuellement, de protéger les lampadaires, qui constituent « un élément important de développement» de la localité.
Renouveau dans le travail
A quelques encablures de là, l’Ecole nationale de La Croix Saint Joseph, construite en 1995, affiche de fraiches couleurs. La grande cour de terre rouge est flanquée de trois jolis bâtiments presque neufs. L’ambiance est studieuse. En effet, les élèves passent les examens de fin de semestre dans des salles de classe au parquet et à la charpente refaits à neuf.
« Je suis fier d’enseigner dans cet établissement. Vous voyez, je suis en cravate, parce qu’aujourd’hui notre lycée inspire respect et considération », confie, enthousiaste, Charles Henry, qui y enseigne depuis six ans les Sciences sociales.
« A mon arrivée, ici en 2011, j’étais démoralisé par l’état de délabrement de l’établissement », explique à son tour Forestal Iliener, élève en classe de seconde. « Le parquet était abimé, beaucoup de salles de classe n’avaient pas de toiture et les cours ne pouvaient se dérouler en cas de pluie ou de fort soleil », se rappelle t-il.
Selon le directeur du lycée, Josué Cher Aimé, l’amélioration du cadre de travail a un effet positif sur l’enseignement et les résultats scolaires. « Aujourd’hui, beaucoup d’élèves veulent intégrer notre lycée qui, hier, était la risée de la région. Notre capacité est passée de 300 à presque 400 élèves en quelques mois », explique M. Cher Aimé qui cherche maintenant des solutions à cette augmentation d’effectif.
Ces quatre projets à La Croix Saint Joseph ont été financés par la MINUSTAH dans le cadre de ses Projets à effet rapide (QIPs), pour un montant global de 80.000 dollars US. Les travaux ont été réalisés par le biais d’associations locales dont le Groupe d’appui au développement durable d’Haïti (GRADDH), la Paroisse Saint Joseph, la Fondation John Pierre pour le développement d’Haïti (FJPDH) et la Direction de l’Education du Nord-ouest.
Au moment de quitter La Croix Saint Joseph, à 6h00 PM, la nuit a déjà étendu son voile noir sur l’océan et les champs. Tout en bas de la montagne, sur la route de Port-de-Paix, on peut apercevoir les lumières des lampadaires solaires qui brillent sur La Croix Saint Joseph. Les espoirs aussi.
*Malanga : variété de tubercule prisée en Haïti.
Vicky Delore Ndjeuga

